Continuer, pivoter, arrêter : ce que le bilan apporte à ceux qui ont créé leur activité, et comment le financer
Quand j’ai ouvert mon offre de bilan de compétences, je m’attendais à recevoir surtout des salariés. Des cadres un peu usés, des personnes en poste depuis quinze ans qui ne se projettent plus.
Ce sont d’abord des entrepreneures qui m’ont contactée.
Pas des gens en échec. Des gens qui ont créé quelque chose et qui se posent une question qu’ils n’osent pas toujours formuler à voix haute : est-ce que je continue comme ça ?
Deux situations qui reviennent
La première, c’est le doute sur l’activité elle-même. Le chiffre d’affaires est là, plus ou moins. Mais l’envie s’est usée, ou l’activité a glissé loin de ce qui avait motivé la création. On travaille beaucoup pour quelque chose dont on ne sait plus très bien si on le veut encore.
La seconde, c’est le besoin de pivoter. Le marché a bougé, une offre ne prend plus, un autre métier apparaît juste à côté. On sent qu’il faut changer quelque chose, sans savoir quoi, ni dans quel ordre.
Ce n’est pas marginal. Dans l’étude publiée par Bpifrance Le Lab en juillet 2026 auprès de 917 dirigeants de PME, 75 % disent avoir remis en question le sens de leur engagement au cours des douze derniers mois, et un tiers très souvent. Près d’un sur deux se sent isolé.
Pourquoi le bilan a du sens quand on dirige sa propre activité
Quand on est à son compte, on a rarement un endroit pour parler de soi. Avec les clients, on rassure. Avec ses proches, on évite d’inquiéter. Avec son comptable, on parle chiffres. La question « et moi, qu’est-ce que je veux ? » ne trouve de place nulle part.
Il y a aussi un piège propre aux entrepreneurs : on finit par confondre ce qu’on sait faire avec ce qu’on fait. L’entreprise recouvre tout. Or un pivot réussi part souvent de compétences qu’on n’utilise plus, ou qu’on n’a jamais considérées comme des compétences.
Le bilan fait ce travail de séparation. Il remet à plat les compétences réelles, y compris celles qu’on développe en créant et en tenant une activité : vendre, décider sans filet, tenir dans l’incertitude, apprendre vite. Il regarde ce qui donne de l’énergie et ce qui en prend. Et il confronte les pistes au réel, avant d’engager de l’argent ou de fermer une porte.
Il ne décide pas à la place de la personne. Il ne pousse ni à continuer, ni à arrêter. À la fin, il y a une décision qu’on peut tenir : ajuster son offre, changer de cible, s’associer, revenir au salariat, ou continuer en sachant pourquoi.
Et le financement ?
C’est souvent la première question, et elle est légitime quand on est son propre employeur.
Les fonds d’assurance formation. La loi prévoit que les contributions formation versées par les indépendants peuvent financer un bilan : il fait partie des actions listées à l’article L6313-1 du Code du travail. Mais chaque fonds d’assurance formation fixe ensuite ses propres critères, et ils varient beaucoup.
Chez les artisans, le FAFCEA prévoit, dans ses critères applicables depuis le 1er septembre 2026, une prise en charge du bilan jusqu’à 2 000 euros, pour 20 heures minimum, une fois tous les cinq ans, sous conditions.
Du côté de l’AGEFICE, pour les commerçants et dirigeants non salariés, les critères 2026 ne mentionnent pas le bilan et excluent explicitement le conseil, l’audit et le coaching.
Au FIF PL, pour les professions libérales, les fiches de critères par profession ne le mentionnent pas davantage.
La règle pratique est donc simple : interroger son fonds par écrit, avant d’engager quoi que ce soit.
Les autres pistes. France Travail, pour qui est inscrit comme demandeur d’emploi, par exemple après la fermeture d’une activité. L’aide individuelle à la formation peut intervenir, à condition que le bilan s’inscrive dans le projet validé avec son conseiller.
La société, pour un dirigeant de société : dans certains cas, elle peut prendre le bilan à sa charge. Le plus simple est d’en parler avec son expert-comptable.
Et le financement personnel, seul ou en complément d’une prise en charge.
Un point pour éviter les mauvaises surprises : le crédit d’impôt pour la formation des dirigeants n’existe plus pour les formations réalisées depuis le 1er janvier 2025.
Douter n’est pas échouer
Douter de son activité n’a rien d’un aveu d’échec. C’est souvent le signe qu’on a assez avancé pour voir ce qui ne colle plus. Le bilan sert à transformer ce doute en décision, plutôt qu’à le porter seul pendant des mois.
Si vous êtes dans ce moment-là, ou si vous accompagnez des entrepreneurs qui le sont, écrivez-moi. On regarde ensemble si le bilan est le bon outil. Parfois ce n’est pas le cas, et je le dis aussi.
Dina
Sources : Bpifrance Le Lab, étude sur les solitudes des dirigeants de PME, juillet 2026 ; Code du travail, articles L6313-1 et L6331-48 ; critères de prise en charge FAFCEA applicables au 1er septembre 2026 et AGEFICE 2026 ; Service Public Entreprendre, crédit d’impôt formation des dirigeants.
